Follow-up : Twitter, journalistes, Intermedias, tout ça.

Posted on May 27, 2011

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Ce matin, j’étais dans InterMédias sur La Première pour causer Twitter et journalistes. C’était évidemment trop court (une vingtaine de minutes, quatre intervenants, deux journalistes, et une tentative d’interactivité avec les auditeurs : le temps de parole accordé à chaqun est réduit – mais c’est l’exercie). Voici en vrac des trucs que j’ai envie d’ajouter :

D’abord, élément très frustrant qui a provoqué l’ire (légitime) de la twittosphère : damn, c’est super difficile d’essayer de se concentrer sur ce qui se passe dans le studio et de suivre les tweets en même temps. Pour ma part, c’était la première fois que je mettais les pieds à la radio, et j’avoue que j’étais un peu impressionnée et j’ai surtout essayé de me concentrer sur ce qui se passait dans mon environnement immédiat (et pas sur ma TL). Raté pour le multitâche et l’interactivité.

Un des angles avec lesquels l’équipe d’InterMédias m’avait appâtée, c’est la question de la place de Twitter dans la formation des journalistes. On n’en a pas du tout parlé (faute de temps, j’imagine) alors que c’est un des aspects du débat qui m’intéresse beaucoup, et qui a nottamment fait l’objet d’une brillante table ronde aux récentes journée d’étude sur le journalisme numérique à l’ESJ (Lille) – je vais d’ailleurs reprendre ici éhontément quelques trucs piochés dans l’argumentaire des intervenants ce jour-là, et notamment les propos de Marc Mentré. En gros, former les futurs journalistes à Twitter, c’est très bien et je pense que ça se fait déjà en partie. Pour les formations que je connais en tout cas, on demande de plus en plus aux étudiants d’avoir un compte Twitter et/ou un blog, et d’intégrer ça dans leurs travaux pratiques. Il y a là-dedans deux éléments auxquels il faudrait bien réfléchir : abondance et obsolescence.

L’abondance d’abord : former les étudiants à Twitter, c’est génial et nécessaire. Il faudrait aussi leur apprendre à faire un Storify, à gérer un CoverItLive, à maîtriser je-ne-sais-quel système de commentaires subtil et raffiné. Puis ce serait bien qu’ils aient quelques notions de Flash ou d’HTML5 aussi, parce que je vous rappelle que l’avenir du journalisme c’est les webdocumentaires et les newsgames. Et des notions avancées de statistiques, pour pouvoir faire du bon datajournalisme. Et une bonne culture générale. Et un excellent esprit critique. Bref, vous voyez où je veux en venir, intégrer tout ça dans un cursus de journalisme pose un problème tout matériel de temps disponible, de gens compétents pour l’enseigner, etc.

On en vient aussi au deuxième élément, l’obsolescence. Qui sait ce que le journaliste à la pointe de la technologie devra maîtriser comme outils dans un an, deux ans, cinq ans? C’est désespérant.

Comment s’en sortir? Plutôt qu’une maîtrise de soutils à proprement parler, il me semble que ce qu’il faudrait inculquer aux étudiants c’est (attention cliché) une certaine curiosité. Un changement de posture, en somme, via lequel les cursus en journalisme ne seraient plus principalement constitué d’enseignements techniques cloisonnés (sur une couche de culture générale), mais des incubateurs. Alors je ne sais pas du tout comment on va y arriver concrètement – c’est quasi tout l’enseignement qu’il faudrait repenser, là – mais je pense qu’on pourrait par exemple, déjà mettre en place quelque chose comme un cours (pas un truc ex-cathedra ronflant, évidemment) sur ce que j’appelerais la “culture web”. Vous savez, cette connaissance intime et jubilatoire qu’on a des trolls, des fakes, du clash, des lolcats, des mèmes, et qui fait qu’on arrive plus ou moins à s’y retrouver sur le web, quel que soit l’environnement (IRC jadis, Twitter aujourd’hui, peu importe). Enseigner tout ça me semble constituer un premier pas, pourrait donner aux futurs journalistes quelques clés pour s’adapter en souplesse à ce qui arrive et ce qui va arriver – surtout en combinaison avec à un sérieux rappel ou une insistance toujours renouvellée sur les principe fondamentaux du métier (la déontologie n’est pas encore has-been).

J’ai évoqué un peu plus haut ce côté jubilatoire de la culture web, et je pense que ça devrait aussi être au centre du débat sur Twitter. Avant l’émission ce matin, Johanne Montay me disait à quel point elle jubilait en lisant les tweets à propos de DSK dix minutes avant que l’info arrive à la télévision. Ce plaisir me semble faire partie intégrante de l’expérience Twitter, et du métier de journaliste (même si le kick de l’actu ne doit pas complètement l’aveugler, cela va de soi). Je rêve de formations en journalisme qui arriveraient à intégrer cette notion de fun (fun fun fun), ce plaisir, cette jubilation, cette passion (attention lyrisme). Parce que franchement, pour le moment, la plupart des étudiants en journalisme que je croise n’ont pas l’air de vraiment s’éclater.

Ca m’ammène à un dernier point sur lequel j’aurais aimé entendre les journaliste et experts présents discuter : le compte Twitter, outil strictement pro ou canal d’expression aussi personnel? Je n’ai pas de réponse tranchée là-dessus, et différentes stratégies remportent du succès, mais je pense qu’un niveau minimal d’implication personnelle, de démonstration d’humanité, est aussi ce qui fait la saveur du journaliste sur Twitter.

Voilà. Il y aurait plein d’autres détails, précisions, nuances à ajouter. Par exemple, un détail important qui a été évoqué sur le chat concerne la composition socio-démographique de Twitter, qui est loin de représenter “l’homme de la rue” (vous savez, cette notion ultra-vague qui n’existe pas vraiment). On peut consulter par exemple à ce sujet une étude récente de chercheurs de la Northwestern University.

Heureusement, le débat continue sur Twitter.

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