Huis-clos sur le net (4/4)

Je travaille en ce moment sur une petite recherche qui revient sur la couverture médiatique de Huis-clos sur le net, cette opération des radios francophones publiques qui a vu cinq journalistes enfermés pendant cinq jours dans un gîte du Périgord, avec accès à Twitter et Facebook comme seule matière première pour faire leur boulot. J’ai envie de publier ici les différentes parties constitutives de cette recherche (c’est évidemment du work-in-progress loin d’être finalisé).

Au menu, donc :

  1. Le questionnement de recherche auquel cette opération a donné naissance
  2. Un petit point théorique sur Twitter, Facebook et leur rôle pour le journalisme
  3. Un point théorique sur les conceptualisations des identités journalistiques
  4. Mon analyse de la couverture médiatique de Huis-clos sur le net

Analyse de la couverture médiatique de Huis-clos sur le net

NB: Le numéros entre crochets font références aux articles du corpus, dont on peut consulter la liste (pdf).

Introduction du sujet

    Q1 : Comment Huis-clos sur le net est-il introduit dans les articles qui en traitent? Quelles sont les raisons avancées pour justifier que les médias en parlent?

Pour la plupart des médias analysés, parler de Huis-clos sur le net équivaut à évoquer le travail de médias concurrents. On peut donc se demander quelles raisons sont avancées pour justifier cette publicité donnée à une initiative concurrente.

Le premier argument avancé pour justifier l’importance de l’opération est la nouveauté. Les articles attaquent généralement le sujet en évoquant la nature inédite du sujet. Les fragments parlent de « exercice inusité » [13], de « concept inédit » [39], d’ « expérience inédite » ou d’« opération inédite ».

A côté de la nouveauté, certains articles mettent en avant le succès médiatique de l’événement comme étant significatif : il est question de « vrai succès médiatique » [34] et des « conséquences de cette médiatisation » [46]. « Sur le plan de la com’, l’opération a été un franc succès » [46], « L’expérience a déjà suscité l’intérêt de nombreux médias traditionnels » [31].

Questions de cadrage

    Q2 : Dans quels cadres l’opération est-elle placée?

Objectifs et buts de l’opération

Toujours en ce qui concerne la présentation de Huis-clos sur le net, on peut s’intéresser aux objectifs qui sont mis en avant par les articles. A quoi sert l’opération? Quel en est le but?

Ici, on détecte avant tout une insistance sur l’idée que Huis-clos sur le net a pour but de « tester la valeur » de quelque chose… Il s’agit principalement de la valeur des informations diffusées via Twitter et Facebook :

Dans quelques cas, on voit un léger glissement s’opérer : il ne s’agit plus de tester la valeur des informations diffusées via les sites de réseaux sociaux, mais de tester la valeur des sites eux mêmes:

 

 

Cette insistance sur la valeur des informations diffusées sur les réseaux sociaux, s’appose aux mentions récurrentes de la situation en ces termes : « Cinq journalistes coupés du monde, sans autre sources d’information que Twitter et Facebook » [50]. Ce faisant, c’est la présentation des sites de réseaux sociaux en tant que source et plateforme de diffusion de l’information qui est privilégiée.

Enfin, un des buts présentés de l’opération est la comparaison avec les médias traditionnels :

« L’expérience a pour but de : (…) savoir si on est informé de la même manière qu’avec les médias classiques » [23] ; « Plus précisément, ces informations sont-elles à la hauteur de celles transmises par les médias traditionnels? » [20] ; « Une expérience censée comparer les informations qui circulent sur les réseaux sociaux à celles des médias traditionnels »[41].

 

Valeurs journalistiques

Ici, on examinera les valeurs retrouvées au sein des articles. Pour chacune d’entre elles, on tentera de déterminer à quoi elles sont rapportées.

L’objectivité en tant que telle n’est mentionnée qu’une fois, elle se rapporte de manière négative à l’information qu’on peut trouver sur Twitter et Facebook : « Alors, Facebook et Twitter, sources de danger ou d’information? Les deux sans doute, même s’il ne faut certainement pas considérer ces sites, souvent infestées de “hoax” (canulars), comme des fournisseurs d’une information objective et sûre » [2]. On peut néanmoins retrouver des traces de l’objectivité opérationnalisée en facticité (pertinence + véracité) et impartialité (équilibre + neutralité). Parmi celle-ci, c’est sans conteste la pertinence qui domine. Celle-ci est attribuée à des objets divers. C’est avant tout la « lecture du monde » à travers les sites de réseaux sociaux qui se doit d’être pertinente [par exemple 17, 51, 50, 35, 23]. Il faut souligner que cette formulation est tirée d’un commentaire de François Dost, secrétaire générale des radios francophones publiques, qui a été largement reprise : « Dans de telles conditions, quand on est coupé de toute source traditionnelle d’info, la lecture du monde, à travers ces réseaux sociaux, est-elle pertinente ?»

La pertinence se rapporte également parfois aux « informations » véhiculées par Facebook et Twitter [38, 51]. Dans un mouvement comparable au glissement signalé ci-dessus, on passe de la pertinence de l’information diffusée à celle des « réseaux sociaux Twitter et Facebook » eux-mêmes [55], voire à celle « des nouveaux médias en comparaison avec les médias conventionnels » [18].

Une occurrence originale nous semble devoir être soulignée : Reprenant les propos de Janic Tremblay, un des journalistes participant à Huis-clos sur le net, un article souligne que « tout dépend de son réseau Twitter et Facebook. Le plus dur est de s’en constituer un pertinent » [26]. Ici, c’est le réseau particulier constitué par le journaliste qui doit être pertinent, et non plus « l’information » en général. On voit donc que la pertinence se situe à différents niveaux : elle peut, très largement, concerner les « nouveaux médias » ou les « réseaux sociaux », s’incarner un peu plus précisément dans la « vision du monde » qu’on peut percevoir à travers ceux-ci. A un niveau encore plus concret, elle concerne les « informations » véhiculées, c’est-à-dire le contenu. Enfin, le dernier niveau, encore plus concret et sur un plan légèrement différent, elle concerne le réseau construit par le journaliste ou l’utilisateur de Twitter ou Facebook.

C’est également à ce dernier niveau que se situe la seule occurrence de la valeur neutralité : « Le journaliste québécois Rémy Charest, sur le site Projetj.ca, a souligné pour sa part que l’exercice risquait d’en montrer «plus sur les journalistes présents que sur les réseaux eux-mêmes» puisque la qualité de l’information recueillie est fonction de la qualité des contacts.  «Twitter et Facebook ne sont pas des canaux «neutres» de diffusion, mais bien des canaux qui reflètent la nature d’un réseau personnel. Personne n’a tout à fait le même réseau ni dans la vraie vie ni sur l’internet», a-t-il souligné » [13]. Ici, la valeur est également ramenée au réseau (le réseau n’est pas neutre), ce qui conduit le journaliste à mettre en évidence le rôle de la personnalité de celui qui le constitue.

La crédibilité journalistique se trouve également parmi les valeurs citées, et est aussi porteuse de différents niveaux d’incarnation. Elle concerne tantôt les journalistes [42], tantôt le « journal que vous lisez présentement ou son site Internet » [14]. Quant au « crédit », il se rapporte à « l’information sur les sites communautaires et de micro-blogging » [39].

La valeur pluralité, sous la forme de mots-clés tels que « variété » ou « diversité » apparait sous deux formes contradictoires. Dans un premier fragment, la diversité concerne « les utilisateurs de Twitter, sorte d’agora géante où les journalistes et autres sources ‘fiables’ n’ont par définition pas plus de poids que l’internaute lambda » [51]. Ici, la pluralité des voix s’exprimant sur les sites de réseaux sociaux est donc connotée négativement. A contrario, un autre fragment met en avant l’absence de pluralité, en exposant que « les infos de Twitter et Facebook collent globalement à l’actualité, mais la variété des sources fait défaut » [28]. La variété est donc connotée positivement, et plus de variété est souhaitable.

On trouve également des mentions relatives à l’éthique et la déontologie : « Les journalistes sérieux – il y en a, j’en connais – ont des règles et une déontologie professionnelle. (…) Avant de diffuser une information, un journaliste qui se respecte la vérifie, en appelant ses sources et les parties en cause, en consultant ses dossiers ou de sites Internet fiables, comme des agences de presse ou des journaux réputés. (…) Par leur nature même, les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter échappent à ces contraintes. » [42] ; « Certes, les internautes veulent participer à l’information et en être les vecteurs, mais ils ne sont pas soumis à la même rigueur et au même code d’éthique que les journalistes » [20]. On trouve encore plusieurs niveaux d’incarnation : c’est tantôt les réseaux sociaux qui, « par leur nature même », échappent à l’éthique et à la déontologie. Tantôt, ce sont les « internautes » qui sont concernés.

Enfin, la valeur immédiateté est présente : « réactivité des réseaux sociaux vis-à-vis de l’actualité » [37] ; « rapidité de relais qu’offre Twitter » [37]; « réactivité extrême » [50] ; « l’intérêt de Twitter est surtout sa rapidité » [48]. Dans l’ensemble, cette valeur parait connotée positivement.

 

Expérience scientifique ou télé-réalité?

L’analyse thématique a également permis de dégager deux registres omniprésents : celui de la science et celui de la superficialité.

Le registre scientifique se décline dans tous les aspects de Huis-clos sur le net. L’opération est d’abord généralement qualifiée d’ « expérience » dans la plupart des articles, voire d’« expérimentation » [34]. Elle serait par ailleurs porteuse d’une « méthodologie » [43, 13]. Les journalistes y participant sont les « cobayes », qui se précisent parfois en « journalistes-cobayes » ou « cobayes-journalistes ». La situation devient donc un « laboratoire »[7, 42, 65], ou encore une « éprouvette numérique » [46]. L’expérience a dès lors pour but de « démontrer » quelque chose, de « mesurer » la valeur des informations [47] diffusées, leur importance [26] ou l’impact des nouveaux médias [18]. Il s’agit aussi de « valider certains constats » [41].

Le registre de la superficialité, quant à lui, se décline principalement en deux thème : téléréalité et tourisme culinaire.

On trouve d’abord de nombreuses comparaisons entre Huis-clos sur le net et des émissions de téléréalité : « La téléréalité débarque à la radio » [65], « L’expérience a déjà suscité l’intérêt de nombreux médias traditionnels qui l’ont comparée à des émissions de téléréalité comme “La Ferme célébrités”, “Koh Lanta” ou “Loft Story” » [31]. Les références à Loft Story, à la Ferme Célébrités ou à la Nouvelle Star sont nombreuses :

  • « C’est un étrange “Loft” qui se prépare dans le Périgord. Après Steevy et Loana, les Nouvelles stars de la chanson ou les people à la ferme… » [41]
  • « un Loft de journalistes » [7]
  • « Loft Story radio », « ce remake de Loft Story » [42]
  • « cette «Loft Story» radiophonique » [65]
  • « Installés depuis dimanche dans leur “loft” campagnard » [31]
  • « ce “Loft” d’un nouveau genre » [44]
  • « Après la ferme des célébrités, la ferme des journalistes » [64]
  • « Voici la “Ferme des Journalistes” » [11]

Dans le même ordre d’idée, les journalistes participant à l’opération deviennent des « candidats » [47, 53]. Beaucoup d’articles soulignent également l’isolement, l’enfermement des journalistes : ceux-ci sont « coupés du monde », « cloîtrés » [1, 2, 9, 14, 28, 39, 41, 54, 55, 56, 58, 59, 60, 61, 63], « enfermés », « reclus » [4, 31, 44], ils sont « isolés », « retirés » [37, 44], dans leur « retraite périgourdine »[8].

L’autre thème constitutif du registre de la superficialité est celui du tourisme. Plusieurs articles évoquent le tourisme du terroir, et notamment la gastronomie du Périgord : l’opération se déroule dans un « petit village périgourdin » [4], dans un « gîte campagnard » [37] ou un « gîte rural du Périgord ». La cuisine typique de la région est évoquée :

  • « Le quintette francophone d’Europe et du Canada va s’isoler physiquement du 1er au 5 février, dans un gîte rural du Périgord, foie gras et truffe noire en prime » [19]
  • « Cinq journalistes (…) vont s’enfermer dans un gîte rural du Périgord. Pas pour déguster des truffes, mais pour … » [42]
  • « Ils pourront manger du foie gras tant qu’ils le voudront, mais il leur sera interdit de consulter d’autres sites web que Twitter ou Facebook » [18]
  • « Huis clos sur le net : gavés au web et au petit salé. (…) ils goûtent enfin à la cuisine locale ! Après la quiche lorraine des premiers jours, ils ont eu droit à un petit salé aux lentilles, arrosé de Bergerac. » [4]
  • « Par contre vous saurez que les journalistes se sont offert une quiche lorraine mardi midi « [6]

A côté de ces deux thèmes principaux, d’autres marqueurs participent au registre de la superficialité : bavardage, futilité, écume, anecdote.

  • « l’expérience s’apparentera nécessairement à un bavardage type café du commerce » [51]
  • « Le problème de ces supports, c’est qu’on est noyé dans un flux d’informations de toutes sortes, y compris les plus futiles et personnelles » [7]
  • « Que reste-t-il de l’actualité quand on se contente de l’écume qui se dégage de Twitter et de Facebook pour s’informer ? » [53]
  • « un flot ininterrompu sur Twitter: il y a de l’anecdote, du mot d’esprit, … »

Enfin, il faut noter que ces deux registres principaux (science et superficialité) ne sont pas mutuellement exclusifs, ils co-existent au sein des mêmes articles et sont parfois rapprochés :

  • « cinq confrères qui ont accepté de jouer les cobayes dans ce remake de Loft Story » [42]
  • « Il ne s’agit pas d’un Loft de journalistes, mais d’une véritable expérience » [4]
  • « Les “cobayes” du Périgord » [31]

 

Discussion

L’intérêt pour Huis-clos sur le net se voit justifié par sa médiatisation. En d’autres mots, il est nécessaire d’en parler parce que d’autres médias en parlent. Voilà un exemple assez explicite de la « circulation circulaire de l’information » (Bourdieu 1996). Des journalistes s’intéressent à d’autres journalistes, qui cherchent à dire quelque chose sur le journalisme. Les articles analysés donnent d’ailleurs essentiellement la parole à des membres de la profession, c’est-à-dire aux cinq participants à Huis-clos sur le net, mais aussi à d’autres journalistes. Ainsi, des articles reprennent un commentaire du « journaliste québécois » Rémy Charest [13, 43] ou donnent la parole à Pierre Haski (ancien journaliste à Libération et fondateur de Rue89). A part un article [19] qui fait appel à Colette Brin, professeure au département d’information et de communication de l’université de Laval, l’ensemble du corpus laisse apparaître que les seuls experts qui peuvent s’exprimer sont les journalistes eux-mêmes. Alors que la métaphore scientifique est omniprésente, la littérature académique ou l’expertise des chercheurs sont ignorées. Les journalistes se posent donc en uniques experts – il n’appartient pas à cette recherche de juger de leur légitimité à ce titre, mais simplement de constater que d’autres sources potentielles d’expertise ne sont pas sollicitées. Depuis cette position monopolistique, plusieurs opérations sur l’objet d’intérêt sont effectuées.

D’abord, dans la définition de ce dont on parle, on a pu voir plusieurs glissements à l’oeuvre. Ainsi, le principal objectif de Huis-clos sur le net est parfois présenté comme un test de la valeur des informations circulant sur Twitter et Facebook, parfois comme un test de la valeur de Twitter et Facebook, des sites de réseaux sociaux, ou même des « nouveaux médias ». Ceci confirme que dans la couverture médiatique de Huis-clos sur le net, il y a plus que le commentaire anecdotique d’une opération des radios francophones publiques : les articles analysés embrassent pleinement les objectifs annoncées, qui évoquaient « toute une réflexion sur le journalisme ». De même, il ne s’agit pas seulement de dire quelque chose sur Twitter et Facebook en particulier, mais de s’en servir comme éléments significatifs d’un nouvel ordre médiatique, ces fameux « nouveaux médias ».

Ensuite, et toujours dans la définition du sujet, on assiste à une restriction – celle du champ d’action des sites de réseaux sociaux. Huis-clos sur le net, disent les articles, vise à juger de la valeur de Facebook et Twitter en tant que source d’information, en tant que véhicule d’information. Ce faisant, toutes les autres fonctions de ces sites sont laissées de côté, alors même que les journalistes participant à l’opération en ont souligné d’autres usages. Par exemple, sur le blog de Huis-clos sur le net, Janic Tremblay et Nicolas Willems mettent en avant l’efficacité de Twitter pour entrer en contact avec des personnes. Ici, Twitter n’est pas une source que l’on consulte passivement, mais un outils utilisé de manière active par le journaliste pour entrer en contact avec des personnes ressources.

On trouve par ailleurs une autre sorte de glissement dans l’évocation des valeurs journalistiques. Dans ce cas-ci, c’est ce à quoi la valeur est attribuée qui glisse constamment, dans ce qui a été appelé plus haut différents niveaux d’incarnation. Ainsi, des valeurs comme la crédibilité, la pertinence, ou la neutralité concernent parfois les « nouveaux médias », parfois les canaux, c’est-à-dire les sites de réseaux sociaux, parfois l’information elle-même, ou plus rarement, le média et ses journalistes. On voit ici à l’oeuvre tout le continuum de possibilités qui existe entre les valeurs-en-théorie et les valeurs-en-pratique : c’est toute la chaîne d’équivalence entre l’universel et le particulier qui s’exprime dans cette variété de niveaux d’incarnation. Dans cette valse constante, c’est peut-être aussi la question de la responsabilité qui est en jeu. Qui, ou quoi, est au final responsable du respect des valeurs journalistiques? Certains articles semblent évacuer cette question en attribuant les valeurs à des concepts abstraits (c’est l’information, ou la vision du monde qui doivent être neutres, pertinentes, etc.) ou à des intermédiaires socio-techniques (les sites de réseaux sociaux). D’autres, au contraire, incarnent pleinement les valeurs dans des aspects très concrets : quand la question de la pertinence est posée relativement à la capacité du journaliste à se créer un réseau de contacts, la valeur prend véritablement chair – de plus, elle embrasse ici une des spécificités des sites de réseaux sociaux.

Enfin, dernière opération à l’oeuvre dans les discours dont sont porteurs les articles analysés : on voit s’opérer un rapprochement entre deux registres contradictoires (science et superficialité), qui neutralise complètement les éventuelles conclusions à tirer de Huis-clos sur le net. Il faut encore souligner que les deux registres ne sont pas clairement séparés : ils co-existent au sein des mêmes articles, sont parfois rapprochés dans les mêmes phrases. D’une part, Huis-clos sur le net se voit doté de la légitimité et du sérieux d’une expérience scientifique, d’autre part, l’opération est reléguée au niveau de la télé-poubelle ou de vacances gastronomiques. Ces deux aspects contradictoires ne se trouvent pas dans une relation dialectique, qui laisserait place à une synthèse constructive. Cette dernière étape n’est jamais atteinte, laissant le lecteur perdu dans un aller-retour incessant entre les deux registres, sans espoir de résolution.

Dans toutes ces opérations, on peut voir le professionnalisme du flou en actes, avec un certain succès. Les articles analysés montrent comment les journalistes occupent le terrain de la parole experte. Ce faisant, ils restreignent le débat aux termes qui leur conviennent, ils hésitent à incarner pleinement les valeurs qui les préoccupent et condamnent par avance toute conclusion en plaçant Huis-clos sur le net dans une boucle non résolue de contradiction. Ceci montre que pour occuper le terrain, redéfinir les frontières et annexer les territoires proches, le journalisme n’a même pas besoin de véritablement répondre aux questions qui se posent (la place des sites de réseaux sociaux dans les identités journalistiques) : il suffit de créer du flou, de faire glisser le sens constamment entre abstrait et concret, et laisser les contradictions vider le débat de son objet.

 

 

Références :

Bourdieu, P., 1996. Sur La Télévision: Suivi De L’emprise Du Journalisme, Paris]: Liber éditions.

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